Portrait d'un Entrepreneur Social dans le Tourisme Durable

Portrait d'un Entrepreneur Social dans le Tourisme Durable

Du ministère de l'écologie au tourisme durable, découvrez le parcours de Yoann Magnin, fondateur de Solikend.

Yoann Magnin, fondateur de la start-up Solikend, rêvait de devenir pilote de ligne enfant.

Animé par cette quête de liberté et cette soif d’aventure, Yoann a toujours su garder en ligne de mire son rêve d’enfant pour réaliser ses rêves d’adulte.

A 34 ans, il a construit son parcours professionnel autour de son goût pour l’aventure, l’inconnu et les rencontres.

Des bancs de l'école au ministère de l'écologie

Un Bac S en poche avec mention Très Bien, il intègre une classe prépa Maths - Physique sans avoir d’idée précise de ce qu’il veut faire. Il réussit le concours pour entrer à l’ENTPE, une école qui forme des ingénieurs en développement durable sous la tutelle du Ministère de l’Ecologie.

Une fois formés, les jeunes ingénieurs fonctionnaires s’engagent à travailler au minimum 8 ans pour l’Etat.

Diplômé, il a été affecté à un poste RH qu’il occupera de ses 24 à ses 26 ans. Sa mission consiste à gérer les primo-affectations dans son corps d’ingénieurs, au sein du Ministère. Il travaille dans des locaux ministériels à la Défense. Son poste lui permet de développer des qualités relationnelles et d’entrevoir des process RH complexes. Il découvre aussi comment fonctionne un Ministère, celui de l'Écologie dans lequel il rencontre des personnes brillantes.

Toutefois, dans son bureau logé dans une tour à la Défense, il étouffe progressivement.

Il demande alors un congé sans solde.

De Paris au Pays Basque, 3 années d'aventures professionnelles

Pendant 3 ans, il va partir à l’aventure. Non pas à l’étranger mais en France. Son aventure à lui sera d’exercer différents métiers : serveur à Paris et à Biarritz, postes en intérim. Il aime l’idée d’effort physique au travail. Il trouve cet effort moins pénible que la fatigue intellectuelle, celle qui arrive lorsque l’on passe plus de 8 heures devant un ordinateur. Il s’épanouit au travail trois années durant.

Passionné de sport et notamment de surf, il pose ses valises définitivement à Biarritz.

En parallèle, il devient directeur de colonies de vacances l’été.

Il avait passé son BAFA par hasard à 17 ans. Ce sera pour lui une découverte du monde de l’animation. Cet univers axé sur la pédagogie lui plait. Depuis, chaque été, il est animateur en colonies de vacances. Une belle expérience qu’il renouvelle chaque année. Cette pause estivale fait partie de sa vie.

De la découverte de l'enseignement au lancement de Solikend

Après avoir effectué des métiers physiques pendant 3 années, il devient professeur. Il enseigne les Maths et la Physique - Chimie au collège et au lycée, à Biarritz et ses environs.

Il aime beaucoup ce métier qui, il l’avoue, demande une patience infinie.

Et pourtant, il arrête d’enseigner en 2017 pour se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Cette aventure naît d’une idée qui lui vient après une session de surf. Assis à la table d’un hôtel à côté de chez lui, il boit son café et prend conscience que l’hôtel est vide. Il réfléchit à la manière de l’aider à remplir ses chambres. Il fait alors le lien avec le monde associatif dont il connaissait les problématiques financières, ayant fait beaucoup de bénévolat pendant ses études. Son idée émerge : proposer aux hôteliers de louer leurs chambres non réservées au profit d’associations.

Entre l’idée et le moment où il se lance, une année s’écoule.

Startup sociale solikend

Comment se lance-t-on avec une idée ?

« On se confronte à la réalité en parlant de son idée, en en parlant le plus possible, à tout le monde, et aux premiers concernés, ici les hôtels. J’ai mesuré ainsi, à ma grande surprise, que les hôteliers étaient motivés. Cela a fini de me convaincre de me lancer. »

Se lancer seul, sans associé, est-ce un choix ?

« J’ai toujours été très ouvert aux collaborations, à embarquer des personnes avec moi dans l’aventure. Seulement les occasions ne se sont pas encore présentées. »

Une fois que tu étais convaincu par l’idée, comment as-tu avancé ?

« Je me suis fait aider par des personnes mais ça n’avançait pas – l’idée était bonne mais sa mise en œuvre paraissait impossible. Malgré tout, j’ai persévéré et intégré un incubateur d’entreprises à Biarritz. J’ai monté de nombreux dossiers pour obtenir des aides.

Quand tu es dans un incubateur, tu rencontres des entrepreneurs, et c’est ce que j’ai toujours aimé dans mes aventures. J’en ai rencontré certains qui m’ont inspiré. La solidarité entre entrepreneurs existe. Tout entrepreneur qui réussit a été aidé, à un moment, par un entrepreneur.

Une discussion à l’heure du déjeuner peut tout débloquer.

Plus le projet est convaincant, plus tu as accès à des subventions. En Septembre 2019, la plateforme aboutie de Solikend est mise en ligne. Nous commencions avec 55 hôtels et aujourd’hui nous sommes à 106 hôtels partenaires partout en France et une trentaine d’associations, de l’association locale à l’ONG internationale.

Tout au long du parcours, tu as des choix déterminants à faire. Celui de choisir mon partenaire développeur l’a été. J’ai mis un an et demi pour finaliser ce choix. Après avoir interrogé une quinzaine d’agences web, j’ai choisi une agence locale qui avait de solides références et avec laquelle j’ai eu un feeling positif. L’humain est aussi important que les compétences. »

Comment définis-tu Solikend ?

« Solikend développe un dispositif innovant de RSE dans l’hôtellerie en faveur du monde associatif solidaire. Nous proposons aux hôteliers une démarche citoyenne en moyenne et basse-saison : vendre occasionnellement des nuitées sur des chambres inoccupées au profit d’œuvres caritatives. Le client accueilli dans le cadre de cette offre réalise un paiement qui est intégralement reversé à l’association de son choix. SOLIKEND invite ainsi le grand public à découvrir une sélection d’hôtels citoyens et à s’offrir une escapade touristique au profit d’une bonne cause. Le fonctionnement du dispositif est basé sur une plateforme web : le 1er site solidaire de réservation d’hôtels.

Les hôtels ont un accès à la plateforme qui leur permettent de déposer leurs annonces et gérer leurs réservations. »

Aujourd’hui, comment Solikend est structuré en interne ?

« Je suis resté seul jusqu’au moment où j’ai eu besoin d’une personne pour m’épauler face à la charge de travail trop importante. Aujourd’hui, nous sommes 3, je travaille avec une coéquipière à temps plein et une stagiaire également à temps plein. Un recrutement de Chief 0perating 0fficer est en cours. »

Quel est le plus gros challenge de Solikend ?

« Le plus gros challenge est de réussir à émerger auprès des utilisateurs finaux dans un paysage touristique en ligne très concurrentiel. Le BtoC demande d’importants moyens financiers. Malgré l’engouement exceptionnel sur le concept, notamment grâce aux médias et aux prix décernés à Solikend, il faut beaucoup investir dans l’acquisition de clients. Ce qui justifie d’ailleurs le poste de COO ouvert.

Nous avons également décidé d’opérer un léger pivot en développant une offre BtoB. Cette offre s’adresse aux Comités d’Entreprise à travers des cartes cadeaux pour leurs collaborateurs. Monter une start-up c’est comme monter un château de cartes. Aujourd’hui, nous avons bâti une magnifique structure mais nous sommes conscients qu’elle reste fragile, il reste encore de nombreuses cartes à poser. »

Comment imagines-tu Solikend dans 3 à 5 ans ?

« Je l’imagine comme un acteur important de la générosité en France, un concurrent de Booking. »

Pour finir, quels sont tes conseils pour entreprendre ?

« Conseil n°1 : parler un maximum de son idée initiale et ne pas croire qu’on a une idée magique qu’on risque de se faire voler. Les idées magiques n’existent pas.

Conseil n°2 : être ouvert et échanger avec d’autres entrepreneurs. »

"La fierté n’est pas un moteur personnel pour avancer, je lui préfère le plaisir de vivre une nouvelle aventure. "

Yoann Magnin

Alexia Neveu

Alexia Neveu

Créatrice de Beyond Rugby

Après 7 années passées en agences de publicité et chez leboncoin, Alexia créé en 2019 Beyond Rugby : une plateforme à destination des clubs de rugby, et le podcast Trajectoires dans lequel elle interroge d’anciens rugbymen professionnels sur leur reconversion. Sensible à l’économie sociale et solidaire, elle nous propose aujourd’hui des portraits de personnes travaillant pour cette économie plus juste.


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